
Parmi les 10 risques géopolitiques pour 2026, le rapport annuel de l’Eurasia Group fondé par le politologue américain Ian Bremmer, identifie l’Europe en passe d’être au mieux paralysée, au pire déstabilisée. «La France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne commence l’année avec des gouvernements affaiblis et impopulaires», mis sous pression par les formations populistes de droite ou de gauche.
Le premier test aura lieu en Grande-Bretagne avec les élections locales et Reform UK, le parti de Nigel Farage, le principal artisan de la campagne du Brexit, qui s’est ensuite désintéressé de la suite en démissionnant de la tête de son parti Ukip. Reform UK est donné gagnant de cette élection dans presque tous les sondages publiés en 2025.
Ces scrutins locaux pourraient servir de tremplin à son parti d’ultradroite pour les élections générales. Quoi qu’il en soit, le gouvernement travailliste de Keith Starmer, impopulaire et tiraillé par sa gauche a peu de chance de passer le printemps. Selon le rapport d’Eurasian Group, «son successeur sera plus faible encore et plus à gauche» tandis que les conservateurs ne se sont pas remis de la crise de 2022, grillant trois premiers ministres entrés au 10 Downing St. Il est probable que le système bi-partisan qui définit le système britannique depuis un siècle aura du mal à résister à cette séquence.
La France de son côté se retrouve dans une impasse politique, avec une division partisane à l’assemblée nationale avec deux forces populistes à gauche et à droite qui empêchent jusqu’ici toute coalition majoritaire. Or, l’élection présidentielle au scrutin majoritaire à deux tours s’accommode mal d’une telle partition. Après avoir usé trois premiers ministres en un an, le système politique français dysfonctionne, incapable pour la deuxième année de suite de trouver un accord sur le budget. Si une nouvelle dissolution devait intervenir, elle amènerait si l’on en croit les sondages l’extrême droite à Matignon dans une cohabitation avec un président très faible en fin de règne.
En Allemagne, cinq élections dans des landers doivent se tenir en septembre. Arrivée deuxième aux élections fédérales en février 2025, la formation Alternativ für Deutschland (AfD) est désormais capable d’obtenir la majorité dans des landers de l’est. Une première dans un pays abonné aux coalitions. L’affaiblissement du parti social-démocrate (SPD) pourrait amener la CDU à rompre avec son refus d’alliance avec l’extrême droite et former une coalition avec elle.
Dans ces trois pays importants d’Europe, l’opinion est travaillée par une colère sourde contre l’immigration, la stagnation du niveau de vie, la désindustrialisation, le sentiment d’un gouffre entre le discours de l’élite et la vie des gens. Et les plus jeunes électeurs se montrent sensibles au discours populistes et anti-establishment de droite comme de gauche.
Les acteurs politiques au pouvoir ne peuvent que tenter de résister au vent mauvais mais n’ont pas l’assise pour entreprendre les réformes dont leur pays aurait besoin. Très endettée, la France aura du mal à trouver les moyens de s’adapter au saut technologique en cours avec l’intelligence artificielle, sans parler des investissements qui seraient nécessaires pour que son système de santé et d’éducation retrouvent leur efficacité et leurs performances passées.
Déjà handicapée par un Brexit qui a miné l’économie et généré de nouveaux pauvres, la Grande-Bretagne reste isolée. Et l’Allemagne, première économie du contient, connaît un ralentissement, voire une récession, dû à une crise structurelle et à la baisse de ses exportations.
Ces trois pays sont dés lors bien en mal de peser sur le destin de l’Union, qui se retrouve sans moteur, alors qu’elle devrait agir pour se relancer (rapport Draghi) ou pour se coordonner en matière de défense.
Attaquée par des manoeuvres de déstabilisation sur les réseaux, par des actions commandos cherchant à diviser les communautés nationales, par des cyberattaques paralysant des administrations comme la poste ou des hôpitaux, l’Europe est directement menacée par le Kremlin. Les trois pays majeurs européens soutiens de l’Ukraine sont en outre ciblée par les Etats-Unis qui jouent de leur influence pour favoriser l’arrivée au pouvoir de partis souverainistes antieuropéens et remettent en cause l’alliance occidentale. Le soutien américain à l’Ukraine, agressée par la Russie dans une guerre qui dure déjà depuis près de douze ans, est de plus en plus incertain. Cette situation de faiblesse les exposent évidemment au risque d’une augmentation des attaques hybrides de la Russie, comme des pressions américaines pour démanteler le concurrent UE et traiter en bilatéral avec les pays qui la composent.
De bien mauvais scénarios pour l’Europe de 2026.