Par Youcef Baadja, président de l’Agence Suisse pour le Développement des Droits de l’Homme (ASDH)
Dans un monde globalisé où les relations commerciales structurent les équilibres politiques et sociaux, il devient impératif de repenser nos approches économiques envers l’Afrique et le Sud global, non plus comme simples marchés à conquérir, mais comme des partenaires respectés dans leur dignité, leur souveraineté et leur développement.

Les échanges commerciaux historiques entre le Nord et le Sud global ont souvent été marqués par une profonde asymétrie, perpétuant des rapports d’exploitation déguisés en coopération. Il est essentiel aujourd’hui d’intégrer au cœur de nos échanges une véritable éthique économique fondée sur la réciprocité, la justice et la durabilité.
Une éthique véritable suppose d’abord le respect strict de l’équité commerciale : il ne suffit plus de proposer des prix « acceptables », il faut désormais assurer une juste rémunération des producteurs locaux, garantissant leur autonomie économique. Cela passe nécessairement par le soutien à la valorisation des ressources locales plutôt que leur simple extraction au profit exclusif d’entreprises étrangères.
Par ailleurs, il est crucial que les entreprises adoptent une attitude de responsabilité sociale et environnementale sincère et non pas seulement symbolique. Cela implique le rejet ferme des pratiques prédatrices qui dévastent les écosystèmes ou sapent les droits humains. L’Afrique et le Sud global doivent être vus comme des partenaires à part entière, capables de définir leurs propres termes et priorités de développement.
Enfin, nous devons promouvoir des modèles économiques innovants, fondés sur la coconstruction et le partage des savoir-faire technologiques et industriels, dans un esprit de coopération mutuellement bénéfique. Il s’agit de dépasser la logique purement concurrentielle pour construire des alliances économiques inclusives où chaque partie grandit grâce à l’autre.
Face à ces défis, l’éthique ne peut être reléguée au second plan : elle doit devenir la pierre angulaire de nos relations commerciales. C’est à cette condition seulement que les échanges internationaux cesseront de reproduire les inégalités et deviendront un levier puissant d’un développement réellement durable et équitable, au bénéfice de tous, particulièrement des populations longtemps marginalisées du Sud global.