Le Nickel en Nouvelle-Calédonie : Un pilier de l’économie locale entre défis et enjeux structurels

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By Alain Jourdan

Le nickel est une ressource stratégique qui a un impact significatif sur l’économie locale et internationale. Ce dernier est un moteur économique essentiel pour la Nouvelle-Calédonie, qui abrite environ 20 % des réserves mondiales de nickel, ce qui en fait l’un des principaux producteurs mondiaux. En 2023, le territoire a produit 230 000 tonnes de nickel métal, soit 9 % de la production mondiale. Cela le place au 5e rang mondial, derrière l’Indonésie, les Philippines, la Russie et le Canada. 

Le nickel, moteur d’emploi 

L’industrie du nickel en Nouvelle-Calédonie joue un rôle central dans l’économie locale.  Le secteur du nickel représente environ 25 % du PIB de la Nouvelle-Calédonie. Elle est la première employeuse de l’archipel et contribue de manière significative à la création d’emplois directs et indirects pour approximativement 20% de la population active. Avec une vingtaine d’entreprises engagées dans l’extraction du minerai, dont les plus importantes sont la Société Le Nickel (SLN), Vale NC et Koniambo Nickel SAS (KNS), ce secteur est un pilier de l’économie calédonienne. En 2019, l’industrie du nickel employait plus de 5 900 personnes, soit 42 % de l’emploi industriel et 9 % de l’emploi salarié privé total. La SLN, filiale du groupe français Eramet, est le principal producteur de nickel et l’un des plus gros employeurs du territoire. En ce qui concerne la répartition des emplois, 57 % des salariés sont engagés dans les activités minières, tandis que 43 % sont employés dans la métallurgie. Le secteur est essentiellement masculin, 80% des heures travaillées l’étant par des hommes. Les salaires mensuels nets moyens sont d’environ 394 000 francs CFP, soit un tiers de plus que la moyenne du secteur privé. Depuis 2012, l’emploi dans ce secteur a progressé, notamment à la suite du démarrage de la production de l’usine KNS en 2013. Cependant, des ralentissements ont été observés en 2016 et 2017 en raison des efforts de réduction des coûts. En 2019, une reprise est en cours avec une augmentation de 1,8 % des emplois, principalement due aux nouvelles autorisations d’exportation de minerai.

L’exportation de nickel représente une contribution importante à la balance commerciale de la Nouvelle-Calédonie. En 2019, on dénombre plus de 1 800 fournisseurs et sous-traitants directement liés aux entreprises du nickel. Par ailleurs, 65% des achats du secteur ont été réalisés en Nouvelle-Calédonie, générant des revenus importants pour le territoire et stimulant l’investissement et la croissance économique. L’industrie du nickel n’est pas seulement un contributeur important à l’économie calédonienne, mais aussi un pilier social vital. Elle fournit un nombre substantiel d’emplois et de revenus, tout en soutenant une série d’initiatives de développement communautaire. Les entreprises du secteur s’engagent de plus en plus dans le développement local. Elles soutiennent des initiatives en matière d’éducation, de formation et de culture, tout en contribuant à la préservation de l’environnement et à la protection de la biodiversité. 

Un enjeu géopolitique et social

La demande mondiale de nickel devrait augmenter considérablement dans les années à venir sous l’effet de la transition énergétique et de l’essor des véhicules électriques. Le nickel est un élément clé dans la production des batteries lithium-ion, qui sont utilisées non seulement dans les véhicules électriques, mais aussi dans les systèmes de stockage des énergies renouvelables. La transition vers une économie à faible émission de carbone devrait intensifier la demande de ce métal stratégique, faisant du nickel une ressource cruciale pour l’avenir énergétique du monde. Dans ce contexte, le contrôle des ressources en nickel devient un enjeu stratégique important pour les pays industrialisés. La Nouvelle-Calédonie occupe une position charnière dans ce contexte mondial. Le territoire pourrait se positionner comme un acteur clé du marché mondial, capable d’influencer les marchés internationaux et de jouer un rôle crucial dans l’approvisionnement de ce métal. Le rôle géopolitique de la Nouvelle-Calédonie pourrait donc se renforcer par ses importantes réserves, positionnant le territoire comme un acteur mondial de premier plan en matière de ressources naturelles essentielles à la transition énergétique.

L’industrie du nickel, en Nouvelle-Calédonie, crée cependant d’importants enjeux sociaux. Il est assez commun que les mines de nickel soient situées sur des terres coutumières appartenant au peuple kanak. Cette situation soulève des questions concernant l’indemnisation des propriétaires fonciers et la sauvegarde de leur patrimoine culturel et de leurs traditions. Par ailleurs, la question des droits des populations autochtones est aussi un sujet complexe. Le peuple kanak demande à être davantage impliqué dans les décisions relatives à l’exploitation du nickel sur ses terres et à bénéficier d’une répartition plus équitable des bénéfices. Cela est essentiel pour maintenir des relations harmonieuses et respectueuses. Par ailleurs, la protection de l’environnement et l’impact de l’exploitation minière sur les ressources naturelles peuvent être aussi à l’origine de tensions. L’industrie du nickel exerce une influence considérable sur la stabilité sociale de l’archipel, étant une source importante de revenus et de stabilité économique pour de nombreuses familles. Néanmoins, les fluctuations du marché mondial du nickel et les variations de l’activité minière peuvent entraîner des périodes d’instabilité économique, qui peuvent à leur tour affecter l’emploi et les revenus sur le territoire. De plus, les inégalités économiques liées à l’industrie minière peuvent intensifier les tensions sociales, notamment entre les travailleurs locaux et les expatriés. Cependant, il est important de noter que les expatriés n’occupent que 13% des emplois dans cette industrie.  En plus des points clés mentionnés, il est également important de noter que l’industrie du nickel peut avoir un impact sur la santé des populations locales, l’éducation et la formation, et l’accès aux services publics. Il est donc primordial de prendre en compte ces questions sociales dans la gestion de l’industrie du nickel en Nouvelle-Calédonie. 

Un secteur en difficulté

L’industrie du nickel n’est pas sans défis. La hausse récente des cours du nickel n’a pas profité à la Nouvelle-Calédonie et les fluctuations des cours du nickel sur le marché international peuvent avoir un impact important sur l’économie calédonienne. Malgré la qualité de sa production, le secteur connaît d’importantes difficultés financières. Chaque année, le gouvernement français est contraint d’injecter des centaines de millions d’euros pour soutenir le secteur. L’archipel est très dépendant de cette matière première qui constitue sa principale richesse et représente 90 % de ses exportations. Mais, les coûts de production sont prohibitifs, rendant l’industrie locale incapable de concurrencer le nickel indonésien, qui représente environ la moitié du marché mondial. L’une des trois usines de l’archipel a déjà été mise hors service.  En décembre 2020, le groupe minier brésilien Vale, a décidé de vendre son usine d’hydrométallurgie de Goro, au sud de la Nouvelle-Calédonie, au consortium Prony Resources, mettant en péril ce site. Les blocages et violences qui ont suivi ont été très forts avec plusieurs mois d’arrêt de l’usine. Il est donc essentiel d’encourager un dialogue ouvert et constructif entre toutes les parties concernées, y compris les acteurs de l’industrie du nickel, les populations locales et les institutions. Il est primordial que toutes les parties prenantes soient consultées et que leurs préoccupations soient prises en compte si l’on veut atteindre l’objectif d’un développement durable et inclusif.

Ainsi, il est évident qu’une diversification économique est essentielle pour réduire la dépendance de la Nouvelle-Calédonie au nickel. Le gouvernement essaye donc de développer d’autres secteurs d’activité, tels que le tourisme, l’agriculture et les énergies renouvelables pour se permettre de mieux résister aux fluctuations des prix mondiaux du nickel. Il est également nécessaire de répondre aux enjeux structurels de maîtrise des coûts de production. En menant notamment des activités de recherche et développement afin d’optimiser des procédés d’extraction et de transformation afin de réduire les coûts de production et de rendre le nickel calédonien plus compétitif sur le marché international.

L’impact environnemental

L’exploitation du nickel en Nouvelle-Calédonie n’est pas sans poser des enjeux environnementaux majeurs. L’extraction minière du nickel a de nombreuses conséquences néfastes sur l’environnement, et a au cours des années modifié le paysage calédonien. La déforestation par exemple a entraîné la destruction d’habitats naturels et une perte de la biodiversité, bien souvent endémique à la Nouvelle-Calédonie. En effet, les mines de nickel sont souvent situées dans des zones forestières qui hébergent une faune et une flore remarquables. Également, les résidus miniers et les produits chimiques utilisés dans l’extraction et la transformation du nickel peuvent contaminer les sols, ce qui peut avoir des impacts négatifs sur la santé humaine, ces éléments métalliques sont considérés comme des toxiques systémiques connus pour induire des dommages au système nerveux et à de multiples organes.  Ces résidus peuvent aussi être problématiques pour l’agriculture, ces éléments peuvent nuire à la fertilité du sol et même être assimilés par le système racinaire et s’accumuler dans la partie récoltable des végétaux. Il y a aussi un grave problème de pollution des eaux par les rejets d’eaux usées des mines et des usines de traitement du nickel qui polluent les rivières et les lagons, ce qui peut nuire à la vie marine et aux ressources en eau potable. Bien que ces eaux ont des rapports d’émissions annuels. 

Face à ces défis environnementaux, les autorités et les entreprises calédoniennes prennent des mesures pour réduire l’impact de l’industrie du nickel. Comme la mise en place de normes environnementales plus strictes pour l’exploitation minière et le traitement du nickel. L’utilisation de techniques d’extraction et de transformation plus durables qui réduisent la production de déchets et la pollution. La restauration des sites miniers après l’exploitation est une solution utilisée  en Nouvelle-Calédonie depuis les années 1990, avec une plantation manuelle qui est la technique de restauration la plus pratiquée sur les mines en Nouvelle-Calédonie. Mais aussi la sensibilisation des populations locales aux enjeux environnementaux de l’industrie du nickel. Les autorités et les entreprises calédoniennes travaillent à réduire l’impact environnemental de l’industrie minière, en adoptant des pratiques plus durables chaque année, à la suite de recommandations des rapports locaux. L’exploitation minière doit s’inscrire dans une démarche de développement durable en mettant en place des mesures strictes de contrôle environnemental et en adoptant des pratiques minières responsables. 

Le développement durable de l’industrie du nickel est un enjeu majeur pour l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. Il est essentiel de trouver un équilibre entre les besoins économiques et la protection de l’environnement. En s’engageant dans une démarche de développement durable, la Nouvelle-Calédonie peut préserver son environnement unique et garantir un avenir prospère pour ses générations futures. Le nickel est bien plus qu’une ressource naturelle en Nouvelle-Calédonie ; c’est un élément central de son identité économique et sociale.

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