Dans un monde toujours plus connecté et digitalisé, l’intelligence artificielle (IA) émerge comme la prochaine grande révolution technologique et économique. Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), ce marché pourrait représenter prochainement la somme vertigineuse de 4 800 milliards de dollars, soit environ l’équivalent du produit intérieur brut de l’Allemagne. Pourtant, derrière cette formidable promesse de richesse et de progrès technologique se cache un risque majeur : l’aggravation des inégalités mondiales.
Dans son dernier communiqué, la CNUCED met en garde contre une réalité inquiétante : les bénéfices générés par l’IA restent majoritairement concentrés entre les mains des pays développés et d’une poignée de multinationales technologiques. Cette concentration risque d’accroître davantage les disparités économiques entre nations riches et pauvres, laissant de côté une grande partie de la planète. À ce jour, moins d’un tiers des pays en développement ont établi des stratégies spécifiques concernant l’IA, une situation préoccupante qui pourrait accentuer leur retard technologique et économique.
Encore plus alarmant, l’organisation internationale souligne que 118 pays sont exclus des discussions sur la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle. Cette absence prive ces nations de toute possibilité d’influencer les règles qui régiront une technologie pourtant destinée à remodeler profondément les sociétés et les économies. La CNUCED insiste sur le besoin urgent d’une gouvernance mondiale plus inclusive, permettant à chaque pays, indépendamment de son niveau de développement, de participer activement aux débats qui façonneront l’avenir numérique.
Les implications sociales sont également considérables. Le rapport indique que jusqu’à 40 % des emplois à travers le monde pourraient être touchés par le déploiement massif de l’IA dans divers secteurs, allant de l’industrie manufacturière aux services tertiaires, en passant par l’agriculture. Ce bouleversement imminent du marché du travail pourrait engendrer des pertes d’emploi massives si des mesures proactives ne sont pas rapidement mises en place. La CNUCED appelle donc les gouvernements à anticiper ces changements en adoptant des politiques sociales fortes et inclusives, destinées à accompagner les travailleurs dans cette transition numérique.
Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la CNUCED, insiste particulièrement sur cette dimension humaine, affirmant : « Il est crucial de placer l’humain au cœur du développement de l’IA. Nous devons passer d’une approche centrée sur la technologie à une approche centrée sur les personnes ». Elle plaide pour une coopération internationale renforcée afin d’établir un cadre mondial juste et inclusif pour l’intelligence artificielle, garantissant que les bénéfices économiques et sociaux soient équitablement répartis.
Enfin, pour saisir pleinement les opportunités offertes par l’IA, la CNUCED exhorte les pays en développement à accélérer les investissements dans les infrastructures numériques, la formation de compétences humaines et la gestion efficace des données. Ces investissements sont indispensables non seulement pour exploiter pleinement le potentiel de l’IA mais aussi pour éviter que ces pays ne soient marginalisés dans la nouvelle économie mondiale numérique.
À l’heure où l’intelligence artificielle redéfinit les règles du jeu économique et social mondial, il appartient désormais aux gouvernements et à la communauté internationale d’agir afin de faire de cette technologie un levier inclusif de progrès, plutôt qu’un facteur supplémentaire d’exclusion.