Comprendre les processus décisionnels qui mènent à la guerre demande une analyse fine de l’Histoire longue. Pour convaincre une opinion publique qu’une guerre est juste, le « complexe militaro-intellectuel » qu’étudie Pierre Conesa construit un argumentaire autour de valeurs morales qui peuvent souvent être remises en cause. En décryptant différentes crises, de l’invasion de l’Irak par les Américains au conflit russo-ukrainien, Pierre Conesa explique les mécanismes de fabrication de l’ennemi avec lucidité et sans langue de bois.
Ancien haut fonctionnaire au ministère de la Défense, Pierre Conesa a été directeur général de la Compagnie européenne d’intelligence stratégique de 2005 à 2011. Il par ailleurs fondé la société de conseil Homid. Auteur de nombreux livres géopolitiques, il obtient en 2017 le prix du meilleur livre du festival de géopolitique de Grenoble pour Docteur Saoud et Mister Djihad.
La Tribune des Nations (LTDN) : Compte tenu du développement actif des arsenaux nucléaires, notamment chinois et nord-coréens, de la fin du traité New START en 2026 qui associait Russie et USA et du potentiel partage nucléaire européen, que peut-on attendre du nouveau paysage nucléaire dans les prochaines années ?
Pierre Conesa (PC) : Les traités consistaient à limiter la possibilité de se doter d’armes nucléaires. Certains pays, dont Israël, n’ont pas accepté de signer ces traités donc la logique des uns n’est pas forcément celle des autres. Le traité de non-prolifération est inégal par nature. Nous pouvons nous intéresser au cas de l’Iran par exemple, dont l’histoire longue a toujours été maltraitée par l’Occident. Pendant plusieurs décennies, l’Iran a subi le régime du Shah dont la police allait assassiner ses opposants même à l’étranger. Lors de la Révolution en 1979, des étudiants islamistes prennent d’assaut l’ambassade américaine. Des documents américains secrets sont alors déchirés. Reconstitués plus tard, on s’aperçoit de toutes les ingérences américaines dans le gouvernement du Shah. Lequel des deux viole la convention de Genève ? Ce traitement d’inégalité, que l’on a appliqué en solidarité aux Occidentaux, conduit à tuer le point de vue des Iraniens. Le second épisode se passe en 1979. Saddam Hussein, en grand démocrate, fait le tour des capitales occidentales pour demander un approvisionnement en armes. On met alors en embargo l’agressé pour fournir des armes à l’agresseur. Ce conflit, qui a fait 800 000 morts en Iran, laisse bien sûr des traces. Le concept de « gentil contre méchant » ne marche plus.
En 1948, lorsque l’on signe la Charte internationales des Droits de l’Homme, les 5 membres sont les Français et les Anglais, plus grands colonisateurs de la planète, les Etats-Unis, racistes et ségrégationnistes, la Russie de Staline et la Chine. En ce qui concerne la prolifération nucléaire, on assite un peu à la conséquence de ce rapport inégal de puissance. Un gouvernement soumis à la menace nucléaire ne peut le négliger, et c’est le cas du gouvernement iranien. Quand il s’agit de la Corée du Nord, il y a effectivement de quoi s’inquiéter…
LTDN : Comment doit s’orienter la stratégie française dans ce contexte de prolifération ? Doit-elle développer une certaine autonomie par rapport aux américains ?
PC : En 1917, les Etats-Unis sont poussés à entrer en guerre. En 1941, au moment de l’attaque de Pearl Harbor, il a fallu une décision du Congrès pour se solidariser aux européens. Donc les Américains ne sont jamais venus spontanément sauf en 1945 avec la charte de l’OTAN car nous étions alors en pleine expansion de l’Union Soviétique. Concernant l’arme nucléaire, la position de Charles de Gaulle a toujours été claire : il faut que la France soit autonome. Il faut tout de même se souvenir que dans l’histoire française se trouve une tâche énorme : la défaite de 1940. En 1946, reconstruire une solidarité et une légitimité n’a pas été simple. De Gaulle est défait en 1945 et quitte le pouvoir, en suivant toujours le même objectif : protéger la liberté de décision de la France. Il y a toujours eu ce débât dans l’école doctrinale en France : la garantie nucléaire doit-elle se limiter à la France ou faut-il envisager des solidarités ? Le fait qu’Emmanuel Macron l’évoque est le résultat de cette histoire longue : si la Russie menace d’utiliser l’arme nucléaire, nous n’avons pas la garantie d’être protégés par Washington, d’autant plus depuis la diffusion du très fort courant isolationniste. Je pense que le président français fait un sondage, c’est-à-dire qu’il faut envisager les modalités d’une extension mais de nombreuses questions persistent, notamment la position des troupes nucléaires.
LTDN : L’armée russe a été parfois présentée comme faible d’un point de vue technique lors du conflit avec l’Ukraine. Quelle est l’histoire de cette armée et comment comprendre sa faiblesse présumée sur le champ de bataille ?
PC : L’histoire de l’armée rouge est intéressante. Durant la Guerre froide, que ce soit à l’Est ou à l’Ouest, on a toujours intérêt à grossir la menace que constitue l’autre. J’ai écrit un livre sur la fabrication de l’ennemi et il est sûr que l’armée rouge était présentée comme un immense appareillage de chars rouges qui allait débarquer dans les pleines d’Europe centrale. La première défaite qu’a connue l’armée rouge est l’Afghanistan. Convaincus que la guerre serait courte, les Russes se retirent finalement au bout de 10 ans et les Américains au bout de 20 ans. Le schéma de la guerre classique est celui dans lequel les deux adversaires sont d’accord sur les modalités. Or l’Afghanistan est ce qu’on appelle une zone de confins en géopolitique où se sont réfugiées toutes les populations pourchassées par les empires environnants. Quand on passe d’une montagne à l’autre, on change d’identité. Prendre la capitale ne sert à rien puisqu’elle n’est pas défendue, il faut prendre toutes les vallées. A l’époque de la guerre soviétique, Olivier Roy, l’un des rares à être allé en Afghanistan, a été l’un des seuls à montrer que la machine russe présumée puissante ne marchait pas.
LTDN : Dans votre livre Vendre la guerre, vous parlez des processus décisionnels politiques. Pouvez-vous définir ce que vous nommez le « complexe militaro-intellectuel » ?
PC : Durant la Guerre froide, le processus de fabrication stratégique est un processus dont le paysage intellectuel est assez limité. Le mécanisme industriel pour produire de l’armement se basait sur la surveillance de ce que faisait l’ennemi pour savoir si on pouvait garder l’avantage technologique. A partir du moment où l’URSS disparaît, on s’interroge sur l’utilité de construire de nouvelles générations de technologies militaires. En plus, on entre dans des conflits qui ne rentrent plus dans les critères de la Guerre froide notamment avec la guerre en Yougoslavie. De grands Etats fédéraux en dissension avec Moscou cherchent alors un équilibre. J’en avais parlé personnellement avec Hubert Védrine qui me racontait que François Mitterrand raisonnait en historien, c’est-à-dire qu’il se demandait quel était le risque majeur : résidait-il dans le fait de conforter la Fédération yougoslave ou dans le fait de la laisser éclater. S’opposent alors deux doctrines : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et le maintien des Etats. La crise a continué, révélant des Serbes convaincus d’être les véritables porteurs de l’identité slave (même si Tito était croate, il avait l’idée du royaume des Serbes, de la grande Serbie etc.) Les troupes anglaises et françaises sous mandat de l’ONU arrivent à Sarajevo pour empêcher le point de bascule ultime dans cette guerre de reconquête menée par les Serbes. La question ne concernait alors ni les équipements militaires, ni la menace nucléaire, nous étions face à une situation nouvelle. Je suis allée moi-même à Sarajevo et il y avait ce qu’on appelait la « sniper allée », c’est-à-dire un axe dans la ville bordée de snipers qui abattaient régulièrement des passants. Il y avait un entretien du conflit, qui ne s’apparentait pas à une guerre classique mais plutôt à une guerre de terrorisme. Nous n’avions pas les moyens d’agir mais nous avons réussi à convaincre les Américains d’agir lors de l’annexion du Kosovo. Il s’agit encore une fois d’une situation militaire de dépendance.
LTDN : Comment le devoir moral d’agir des occidentaux est-il devenu un droit d’ingérence ?
PC : Pour la crise Yougoslave, il y avait le mandat de l’ONU donc ça n’était pas de l’ingérence. Cependant, après le 11 septembre, l’invasion américaine de l’Afghanistan et de l’Irak, était une situation d’ingérence. Le 11 septembre est une crise sans précédent dont les circonstances sont connues : les Américains connaissaient Ben Laden, ils n’avaient jamais plus connu la guerre sur leur territoire depuis la guerre de Sécession. Ce traumatisme, partagé en direct par la planète entière a entraîné ce sentiment de vengeance qui allait déboucher sur la guerre. L’histoire n’a pas suffi à empêcher l’invasion (malgré les difficultés liées à l’organisation territoriale afghane). Par ailleurs, Georges Bush fils n’avait fait qu’un voyage au Mexique quand il était étudiant, il ne connaissait donc pas le monde. Lorsqu’il décide cette intervention, les résultats sont immédiats et il enchaîne tout de suite avec l’intervention en Irak, alors qu’il ne s’y passe rien. Lors de son discours en 2002 il désignait les pays de l’axe du mal, l’Iran, l’Irak et la Corée du Nord, en n’incluant pas l’Arabie Saoudite alors même que 15 des 19 terroristes responsables de l’attentat du 11 septembre étaient saoudiens. Sa stratégie, qui correspondait à la vision des Républicains, conduit à ce mensonge extraordinaire devant l’assemblée de l’ONU : Colin Powell, présentant une fiole soi-disant avec de l’anthrax. Je me suis toujours demandé ce que contenait cette fiole et ce qui se serait passé s’il l’avait laissé tomber. La seule explication cohérente que j’ai trouvée pour expliquer cette séance de mensonge est la suivante : Colin Powell était le candidat idéal contre George Bush puisqu’il était un général victorieux auquel on recourrait comme avec Eisenhower pendant l’après-guerre. Et donc le seul moyen de l’écarter politiquement était de le faire tomber dans un mensonge, alors que toutes les agences intercantonales affirmaient que l’Irak n’avait plus de programme nucléaire.
Les problèmes liés au contrôle de ces armes de destruction massive sont multiples. Pour les armes nucléaires, il n’y a pas trop de problème car les installations sont lourdes et peuvent être vues par satellite. Le contrôle des armes bactériologiques est beaucoup plus complexe car elles peuvent être développées dans des hôpitaux. En bloquant les canaux d’approvisionnement pendant l’embargo, on pensait que même si des laboratoires étaient développés, les Irakiens ne parviendraient pas à construire de telles armes. Ils avaient montré qu’ils en étaient capables puisqu’ils avaient utilisé des armes chimiques contre les Kurdes. On peut donc donner une certaine crédibilité aux accusations des Américains mais les agences de confiance les démentaient. Chirac, qui était l’antithèse de Georges Bush, avait une grande culture internationale. Il savait que l’invasion de l’Irak était une erreur. Si on revient sur l’histoire longue, le Moyen-Orient est une des seules régions du monde dans laquelle les frontières sont rectilignes. Menés par les Occidentaux, ces frontières ont été tracées à la règle sans prise en compte de la réalité géographique. L’Irak faisait partie de ces pays composites dans lequel la majorité est chiite, le pouvoir est sunnite et les Kurdes sont à part. Chirac avait une vision géopolitique contrairement à Bush.
LTDN : Lors de telles guerres, comment parvient-on à fabriquer un ennemi et à faire accepter cela à l’opinion publique ?
PC : Effectivement, après la crise en Yougoslavie on commence à avoir ce que j’ai appelé le « complexe militaro-intellectuel ». Ces personnes affirment connaître les situations de conflit, affirment savoir qui sont les gentils et qui sont les méchants et appliquent la logique du « on ne peut pas ne pas ». Cette double négation suffisait à dire que l’Occident était face à ses responsabilités morales. En Yougoslavie, il y avait cette proximité continentale qui poussait à agir et justifiait une présence militaire. Bernard Henry-Levi réussit à ce moment à convaincre Mitterrand d’aller à Sarajevo, ce qui était un geste politique fort. BHL va être à la tête de ce complexe dans lequel il y a à la fois des intellectuels médiatiques, des humanitaires, des journalistes, des penseurs divers, des ONG. La médiatisation est essentielle pour déterminer l’importance des crises. Le débât politique s’est déplacé sur les plateaux télés. L’apparition des chaînes d’informations en continu est un paysage politique qu’il faut prendre en compte. Le programme de ces chaînes se composent de 15 minutes d’informations et le reste de débats. Il faut trouver à chaque fois quatre ou cinq personnes pour parler du sujet, et la quantité remet en cause la qualité. On devient experts en passant à la télé et non l’inverse. Il est finalement assez facile de donner des leçons de moral autour d’un plateau télé. Ce que j’ai appelé « complexe militaro-intellectuel » c’est cela, ce qu’on voit tous les jours à la télé, notamment avec le conflit en Ukraine. Ces personnes ne sont pas les plus bellicistes mais ils modifient le processus décisionnel politique. En effet, le politique est dorénavant interpellé par les plateaux télés et ses décisions sont prises en tenant compte du monde médiatique.
LTDN : Pouvez-vous revenir sur les étapes qui ont justement mené à la guerre en Ukraine ?
PC : Revenons à l’histoire longue. Lors de la chute de l’URSS, les frontières administratives deviennent des frontières internationales. Staline avait décidé de créer ces frontières lorsqu’il était commissaire aux nationalités. Ces découpes conduisaient à une absence totale d’homogénéité ce qui permettait à Moscou d’intervenir avec légitimité. Après 1991, les 15 nouveaux Etats apparaissent, certains étaient homogènes, d’autres non et n’étaient que des Etats de papier. On se retrouve dans une situation dans laquelle il y a toujours des populations minoritaires dans les Etats. En Ukraine, la zone Est, le Donbass notamment, était habitée par des russophones. Dans un premier temps, les personnes au pouvoir restaient des apparatchiks issus de l’URSS. Mais lors de la Révolution de Maïdan, on commence à repenser l’Ukraine. La langue ukrainienne devient la langue officielle, ce qui a notamment entraîné la colère des russophones de la région de l’Est. Quand les Russes interviennent, il y avait déjà eu 14 000 morts à la frontière, ce qui révélait qu’il y avait déjà un conflit interne à l’Ukraine. L’Occident n’a pas vraiment voulu le voir malgré la tentative française d’engager un processus de paix avec les accords de Minsk. Quand les ressortissants d’un pays sont massacrés, l’Etat intervint. Les Russes sont intervenus notamment parce que les Ukrainiens n’avaient pas respecté l’esprit des accords de Minsk. Poutine poursuit la méthode soviétique. Il n’est pas plus fou qu’un Georges Bush par exemple. Lorsqu’Emmanuel Macron décide de garder contact avec lui, les autres Européens le dénoncent. Mais pour résoudre un conflit, le maintien du dialogue est essentiel ! La pression de l’opinion publique, qui est influencée par des penseurs qui, à la différence de Regis de Bré ou de Malraux ne sont pas des bellicistes, est très importante.
Pour expliquer le fonctionnement de ce complexe militaro-intellectuel, le cas de la Libye est lui aussi intéressant. Les frontières libyennes sont issues de la colonisation. Lors de l’Indépendance, le personnage Kadhafi devint rapidement le dictateur officiel. Il assurait une certaine redistribution, il ne s’agissait pas du même paysage que celui les Etats du Golfe. Lors du mouvement insurrectionnel qui conduisit à son renversement, il y avait dans la partie Est du pays un mouvement populaire, comme il y en avait dans beaucoup de pays arabes à ce moment-là. Les Français et les Anglais savaient que le risque majeur sur le plan militaire était le décollage des avions de Kadafi pour bombarder les insurgés. L’interdiction de survol aérien fut demandée à l’ONU. Une telle résolution conduisit à la présence permanente d’avions mandatés par l’ONU pour empêcher l’un des belligérants à utiliser sa flotte aérienne. En revanche, cela ne donnait pas l’autorisation de bombarder au sol. Un phénomène important dans les guerres contemporaines sont les rumeurs, ou fake news. Une rumeur se répandit : il y aurait une colonne de chars se dirigeant vers Tripoli pour lutter contre les insurgés. A ce moment-là les Français et les Anglais décidèrent de lancer une opération au sol. Passer par New-York pour obtenir l’autorisation étant trop long, ils utilisèrent la première résolution. Cette intervention conduisit à la mort de Kadafi. BHL a joué un rôle important dans ce conflit en poussant les Français à participer à ces résolutions onusiennes. L’état de la Libye est aujourd’hui désastreux.
LTDN : Pensez-vous que l’interventionnisme occidental a joué un rôle dans la création de Daesh et du terrorisme tel qu’on le connaît aujourd’hui ?
Je ne pense pas qu’il faille formuler les choses de cette manière. Depuis la fin de la Guerre froide, nous les européennes avons réalisé une vingtaine d’interventions militaires. Les hommes politiques ne s’interrogent pas sur les caractéristiques de la crise mais sur les conséquences de leurs décisions sur leur réélection. Certaines de ces interventions sont complètement surréalistes. On peut prendre l’exemple de la Somalie. Ce pays, constitué des parties colonisées par les Italiens et par les Anglais, était dirigé par un dictateur né de l’indépendance. Il est renversé par une révolution et le pays va sombrer dans une espèce de déliquescence. Ce qui est intéressant c’est d’analyser comment est perçue la crise ici. Des ONG essaient d’approvisionner les camps. Or court rapidement le bruit que des chefs de guerre pillent l’aide humanitaire. J’ai discuté moi-même avec Rony Brauman qui m’a expliqué que les pillages ne servaient pas à la revente mais servaient à la redistribution. En effet, certains chefs de tribu jugeaient qu’il n’y avait pas assez d’aide pour leur population. La solution était donc d’augmenter le volume d’aide pour réduire la conflictualité. Mais Bernard Kouchner décide d’intervenir militairement contre l’avis des humanitaires. Les Américains interviennent aussi en prenant le port de Mogadiscio tenu par le chef de guerre Aïdid. Les Américains envoient deux hélicoptères pour le tuer dans son QG mais Aïdid réplique en abattant les deux hélicoptères. Le bilan est de 20 morts et les Américains décident donc de quitter la coalition sans même nous prévenir. Le ressort de politique intérieure prévaut. Lors de la crise au Rwanda, ils ont refusé de participer. Ce sont ces ressorts de politiques intérieures qui guident les choix avec un mépris total de ce qui se passe sur place. 20 ans après, les conditions n’ont pas changé, mais la Somalie n’intéresse plus l’Occident. Il y a quand même une évolution : le Somaliland est devenu indépendant mais le principe de l’organisation des pays africains repose sur la reconnaissance de l’intégrité territoriale des Etats. Personne ne reconnait l’intégrité du Somaliland parce que cela signifierait la reconnaissance du principe inflammatoire en Afrique c’est-à-dire la reconnaissance d’une sécession régionaliste.
LTDN : Les élections américaines se rapprochent et Donald Trump a des chances de gagner. Que peut-on attendre de son potentiel retour au pouvoir en matière de géopolitique ?
PC : Il est très difficile de savoir. Dans sa première campagne électorale, il dénonçait l’Arabie Saoudite mais son premier voyage officiel a eu lieu là-bas. Il est évident qu’il est très imprévisible. Il arrive après cette catastrophe qu’a été Bush junior. Il avait l’argument de la nouveauté en se présentant comme celui qui allait changer les règles. En France son profil d’homme d’affaires milliardaire n’aurait pas plu mais il séduit beaucoup aux Etats-Unis. Il est apparu comme très excessif au cours de son premier mandat. Biden a eu l’honnêteté de se retirer et ce n’est pas impossible que la formule Kamala Harris fonctionne. Rien ne garantit la victoire de Trump mais ce qui est sûr c’est que les discours populistes se sont rependus dans beaucoup de pays. Ces politiques populistes dénoncent le fait d’être géré par des organismes internationaux, que ce soit l’Europe, l’ONU ou autre. L’influence, la crédibilité et la légitimité de l’action internationale ont beaucoup diminué. L’intégration d’anciens pays satellites à l’Union Européenne aurait pu calmer les choses. Mais un certain nombre de pays européens, parfois de façon légitime, contestent l’ordre européen. Leurs caractéristiques ne sont pas faciles à analyser et nous n’étions pas préparés à ces formes de dissensions à l’intérieur de la communauté européenne.